La Communication du vivant. De la bactérie à Internet, de Joël Bockaert

Editions Odile Jacob, Coll. « Sciences »

 

Couv La Communication du vivant

Professeur émérite à l'université de Montpellier, Joël Bockaert est spécialiste des mécanismes moléculaires des communications cellulaires. Il a fondé l’Institut de génomique fonctionnelle, et dirigé le Pôle Biosanté Rabelais. Il est membre de l’Académie des sciences et de l’Académie des sciences et des lettres de Montpellier. La science du vivant est donc sa « spécialité ». Mais dans l'ouvrage qu'il nous propose, cette étude de la « communication » ne concerne pas seulement l'infiniment petit, avec le monde biochimique de la bactérie et de la cellule. Il nous entraîne jusqu'aux sociétés techno-industrielles et leur cyberespace (plus de 5 milliards d'internautes sont connectés). Le philosophe Henri Bergson parlait jadis du processus créateur dans l'univers comme d'un « élan vital ». Pour l'auteur de ce livre, l'élan vital correspondrait justement à un élan communicationnel. Cet élan n'est pas propre à la sphère anthropologique complexe, et la « communication » n'est pas monopolisée par cet animal social qu'est Homo sapiens. De plus, la parole, nous dit-il, n'épuise pas l'échange, le dialogue pouvant prendre d'autres formes, comme la communication chimique, la communication par ondes (radio ou sonores), la communication lumineuse. Cet élan communicationnel est donc propre à tous les organismes vivants, de la bactérie aux êtres invertébrés et vertébrés, en passant par les champignons, les plantes, les arbres.

Joël Bockaert aborde aussi, dans la sphère proprement humaine, les phénomènes issus de la modernité technicienne, comme la mise en place des « réseaux sociaux ». Cela confirme que la communication est au cœur du vivant, mais cela ne va pas sans risque, avec l'émergence de ce qu'il nomme l'« hypercommunication », qui ne correspond pas nécessairement au fonctionnement harmonieux des organismes vivants et de leurs sociétés. Le propos se fait dans les dernières pages plus philosophiques, avec une critique de l'anthropologie cartésienne centrée sur le fameux cogito, le « Je pense donc je suis ». Avec justesse, il écrit : « S’il n’y a pas de pensée pleinement humaine sans langage, il n’y a pas non plus de pensée sans les autres et leur société. Descartes n’a pas inventé le langage dans lequel il formule son cogito. Le cogito de Descartes prouve que mon identité réelle dépend de la société et son commerce. La pensée solitaire ne permet certainement pas l’accès à la conscience de soi. C’est la présence d’autrui et notre communication avec lui, sous toutes les formes discutées dans ce livre, qui fondent mon existence. Le bébé qui vient de naître ne parle pas, il ne pense pas au sens où nous l’entendons, mais il a déjà une compétence communicationnelle complexe. Plus tard, il se désignera lui-même à la troisième personne, puis à la deuxième avant de s’approprier le « je ». Il faut qu’autrui le fasse exister pour qu’ensuite seulement il puisse dire : « moi, je ». On croit souvent que l’on prend conscience des autres par analogie avec le soi. C’est l'inverse qui est vrai. La communication s’avère une condition sine qua non du développement de l’humain, de sa naissance à sa mort. C’est pourquoi l’isolement absolu est considéré comme « inhumain » et peut conduire à la folie. » (p. 187) (Mohammed Taleb)

Parution : Avril 2017

Format : 145 x 220 mm

Nombre de pages : 208

Prix : 22,90€

ISBN : 9782738136381