Philo-Sophia, Intellect, Science, Art et Imaginaire

20 août 2017

A la conquête du Feu

La Domestication du feu aux temps paléolithiques, de Henry de Lumley

Editions Odile Jacob

 

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Éminent paléontologiste, reconnu internationalement, Henry de Lumley a ouvert et a travaillé sur de nombreux sites de fouille en France, mais également en Afrique, en Géorgie, en Chine, en Éthiopie. Après avoir été professeur au Muséum national d'histoire naturelle de Paris, puis directeur du laboratoire de Préhistoire du Muséum, il en a été le directeur de 1994 à 1999. Il aussi dirigé l'Institut de paléontologie humaine de Paris (Fondation Albert 1er, Prince de Monaco). Il a contribué au renouvellement de la muséographie de la section de Préhistoire du musée de l'Homme à Paris. Il a déjà publié chez Odile Jacob L’Homme premier, La Grande Histoire des premiers hommes européens et Mémoires de préhistoriens (avec M.-A. de Lumley). Dans cet ouvrage, il nous parle de cette révolution majeure dans l'histoire de l'humanité, la domestication du feu. Sans cette révolution l’apparition des premiers villages aurait-elle eu lieu ? De même que l’agriculture, l’élevage, la céramique ? La maîtrise du feu remonterait a environ 400 000 ans, et cela en des lieux différents de la terre. Homo erectus évolué, Homo sapiens et le Neandertal se lancent dans une aventure ignée qui va changer l'histoire même de l'humain. Henry de Lumley nous explique dans quelles conditions Homo erectus et, plus tard, Homo sapiens et Neandertal ont appris à allumer le feu à leur gré. Les conséquences sont innombrables : le jour s’allonge et fait reculer la nuit, le danger tend à s'éloigner, les humains peuvent prendre possession de nouveaux territoires, le mode d'alimentation change radicalement, avec la cuisson (l’espérance de vie augmente comme un effet naturel), la fabrication d’outils s’améliore, la cuisson de l’argile permet de façonner des figurines et de peindre les parois des cavernes... Henry de Lumley nous emmène dans cette histoire extraordinaire, et on comprend mieux pourquoi, dans les vieilles mythologies la possession du feu prend les allures d'histoire sacrée, comme dans le récit grec de Prométhée.

 

Table des matières du livre

Introduction

 

Chapitre I - Avant la domestication du feu

Au temps des australopithèques

La grotte de Makapansgat

Au temps des Homo habilis

Les sites de Gona et de Lokalelei – le site de Fejej FJ1

Au temps des Homo erectus archaïques

En Afrique

 

Chapitre II – Les plus anciennes traces de feu utilisé par l’homme

En Afrique du Sud

La grotte de Swartkrans – La grotte de Wonderwerk – Le Bed II d’Oldoway – Le site de Gadeb

Au Proche-Orient

le site de de Gesher Benot Ya’aqov – en Arabie du Sud

En Europe

Le site de Bogatyri  - La grotte du Vallonnet – Le site de Prezletice – La grotte de l’Escale – La grotte du Cueva Negra del  Estrecho des Rio Quipart

En Asie

Au Daghestan – En Chine

 

Chapitre III – Les premiers témoignages de feux domestiques

Au temps des Homo erectus évolués

En Afrique – Au Proche-Orient – En Europe – En Chine

Chapitre IV – Le site de Terra Amata

Premiers foyers, premiers habitats

Les sols d’occupation des huttes

La maîtrise du feu par les chasseurs de Terra Amata

Des crayons d’ocre jaune et rouge

 

Chapitre V - La grotte du Lazaret

Les foyers de la grotte du Lazaret

 

Chapitre VI – Au temps des hommes modernes archaïques et des néandertaliens

Domestication du feu, ensevelissement des morts, costumes et habitats

En Afrique

Le site de Florisbad

Au Proche-Orient

La grotte de Kebara – La grotte de Qafzeh – La grotte de Nahr Ibrahim – L’abri de Tor Faraj – La grotte de Dederiyeh – La grotte de Douara – La grotte de Sahnidar – Le site d’Umm el Tlell

En Europe

L’abri Romani – La grotte de Boquette de Zafarraya – L’abri Bombrini – Le site du Pech de l’Azé –

La grotte de l’Hortus – La grotte XVI

 

Chapitre VII Au temps des hommes modernes

Les conséquences de la domestication du feu

En Europe

L’abri Mochi – La grotte de Lascaux – Le site de Pincevent – Le site d’Etiolles

En Amérique

Le site de Monte Verde – En Amérique du Nord

Conclusion

Bibliographie

 

Voici un extrait de La domestication du feu aux temps paléolithiques

« La maîtrise du feu par les chasseurs de Terra Amata

A Terra Amata, les litières d’herbes marines, dont la localisation est attestée par la dispersion des fragments de coquille marines sont toujours situées dans les zones de plus grande concentration d’industrie lithique, d’ossements de faune quaternaire, de petits fragments d’os brûles et de charbons de bois, correspondant aux aires de plus grande activité des chasseurs. Elles sont localisées à proximités des foyers.

Ces divers foyers structurés de Terra Amata, sur des sols d’occupation acheuléens jonchés de charbons de bois, d’ossements brûlés et de quelques pierres et éclats de taille rubéfiés par le feu, montrent que les chasseurs d’éléphants et de cerfs de ce site avaient, il y a 400 000 à 380 000 ans, domestiqué le feu et acquis la maîtrise de son allumage et de sa maintenance.

Les chasseurs d’éléphants et de cerfs de Terra Amata  savaient entretenir durs foyers avec des branches d’arbres, de préférence résineux, ramassés sur le littoral et des herbes marines, provenant des vasières côtières proches du delta du Paillon. Ils savaient certainement aussi produire le feu lorsqu’ils s’installaient dans leur campement pour de courtes haltes de chasse.

La maîtrise du feu par ces chasseurs acheuléens est démontrée par la découverte de foyers structurés, le grand nombre de charbons de bois et d’os brulés répartis sur toutes les surfaces des sols d’occupation, l’évaluation des températures de chauffe de l’ordre de 350 à 400°C, à partir des analyses par spectrométrie infrarouge des charbons de bois et des ossements, par diffraction aux rayons X et par spectrométrie ESR des ossements. La présence de quelques rares os blancs témoigne d’une température de chauffe parfois supérieure à 700°C. L’étude micro morphologique des sédiments prélevés dans les foyers indique la présence , outre de charbons de bois et de cendres, de débris de lamellibranches, de gastéropodes, de banales, de sclérites d’holothuries, de bryozoaires, d’algues, de foraminifères (organismes unicellulaires marins) et de pseudomorphoses de débris végétaux, qui démontrent que ces foyers étaient essentiellement alimentés avec des végétaux marins, récoltés à proximités et avec quelques branches d’arbres, principalement des résineux.

Les os brûles sont toujours nombreux sur les sols d’occupation préhistoriques lorsque le feu a été utilisé. Leur présence est une excellente preuve de l’utilisation du feu. Les sédiments des foyers de Terra Amata ressemblent beaucoup à ceux mis au jour sur les sols d’occupation acheuléens de la grotte du Lazaret, plus récents, datés entre 190 000 et 120 000 ans, et dont nous parlerons au chapitre suivant. » (pp. 99-101) (Mohammed Taleb)

 

 

Parution : Mai 2017l

Format : 145 x 220 mm

Nombre de pages : 192

Prix : 21,90 €

ISBN : 9782738135001

 


19 août 2017

Sciences du Vivant et de la Société

La Communication du vivant. De la bactérie à Internet, de Joël Bockaert

Editions Odile Jacob, Coll. « Sciences »

 

Couv La Communication du vivant

Professeur émérite à l'université de Montpellier, Joël Bockaert est spécialiste des mécanismes moléculaires des communications cellulaires. Il a fondé l’Institut de génomique fonctionnelle, et dirigé le Pôle Biosanté Rabelais. Il est membre de l’Académie des sciences et de l’Académie des sciences et des lettres de Montpellier. La science du vivant est donc sa « spécialité ». Mais dans l'ouvrage qu'il nous propose, cette étude de la « communication » ne concerne pas seulement l'infiniment petit, avec le monde biochimique de la bactérie et de la cellule. Il nous entraîne jusqu'aux sociétés techno-industrielles et leur cyberespace (plus de 5 milliards d'internautes sont connectés). Le philosophe Henri Bergson parlait jadis du processus créateur dans l'univers comme d'un « élan vital ». Pour l'auteur de ce livre, l'élan vital correspondrait justement à un élan communicationnel. Cet élan n'est pas propre à la sphère anthropologique complexe, et la « communication » n'est pas monopolisée par cet animal social qu'est Homo sapiens. De plus, la parole, nous dit-il, n'épuise pas l'échange, le dialogue pouvant prendre d'autres formes, comme la communication chimique, la communication par ondes (radio ou sonores), la communication lumineuse. Cet élan communicationnel est donc propre à tous les organismes vivants, de la bactérie aux êtres invertébrés et vertébrés, en passant par les champignons, les plantes, les arbres.

Joël Bockaert aborde aussi, dans la sphère proprement humaine, les phénomènes issus de la modernité technicienne, comme la mise en place des « réseaux sociaux ». Cela confirme que la communication est au cœur du vivant, mais cela ne va pas sans risque, avec l'émergence de ce qu'il nomme l'« hypercommunication », qui ne correspond pas nécessairement au fonctionnement harmonieux des organismes vivants et de leurs sociétés. Le propos se fait dans les dernières pages plus philosophiques, avec une critique de l'anthropologie cartésienne centrée sur le fameux cogito, le « Je pense donc je suis ». Avec justesse, il écrit : « S’il n’y a pas de pensée pleinement humaine sans langage, il n’y a pas non plus de pensée sans les autres et leur société. Descartes n’a pas inventé le langage dans lequel il formule son cogito. Le cogito de Descartes prouve que mon identité réelle dépend de la société et son commerce. La pensée solitaire ne permet certainement pas l’accès à la conscience de soi. C’est la présence d’autrui et notre communication avec lui, sous toutes les formes discutées dans ce livre, qui fondent mon existence. Le bébé qui vient de naître ne parle pas, il ne pense pas au sens où nous l’entendons, mais il a déjà une compétence communicationnelle complexe. Plus tard, il se désignera lui-même à la troisième personne, puis à la deuxième avant de s’approprier le « je ». Il faut qu’autrui le fasse exister pour qu’ensuite seulement il puisse dire : « moi, je ». On croit souvent que l’on prend conscience des autres par analogie avec le soi. C’est l'inverse qui est vrai. La communication s’avère une condition sine qua non du développement de l’humain, de sa naissance à sa mort. C’est pourquoi l’isolement absolu est considéré comme « inhumain » et peut conduire à la folie. » (p. 187) (Mohammed Taleb)

Parution : Avril 2017

Format : 145 x 220 mm

Nombre de pages : 208

Prix : 22,90€

ISBN : 9782738136381

26 juillet 2017

Science et Critique sociale

La science pour qui ?, sous la direction de Janine Guespin-Michel et Annick Jacq

Éditions du Croquant, Coll. «Enjeux et débats d'Espace Marx»

 

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 Fondées en 2003, les Éditions du Croquant se sont données comme vocation de faire paraître des livres de critique sociale. « L’essor du nouvel ordre économique mondial, les politiques qui l’orientent et ses conséquences pour les populations, commandent de nouvelles analyses pour comprendre et agir. S’inscrivant dans une démarche critique des mécanismes de domination, les Éditions du Croquant publient des ouvrages de chercheurs en sciences humaines, des témoignages d’expériences sociales innovantes et des travaux de collectifs du mouvement social. » Or, la science constitue, depuis le XVIIe siècle, une composante fondamentale de ce que le sociologue allemand Max Weber nommait la « modernité capitaliste ». Cela ne signifie pas que toute les démarches scientifiques soient mécaniquement pro-capitalistes. Mais, seulement que la science a souvent été un instrument de légitimation des pouvoirs dominants, de leurs classes sociales et de leur arraisonnement du monde, comme en témoigne le rôle de la génétique dans l'émergence et le développement d'une agriculture transgénique. En coordonnant ce petit volume paru dans une collection dédiée aux travaux d'Espace Marx, deux universitaires spécialistes des sciences biologiques et de génétique, Janine Guespin-Michel et Annick Jacq, nous proposent une déconstruction de cette science compatible avec la « modernité capitaliste », le marché et la marchandisation du monde. Avec d'autres auteurs, Yves-Claude Lequin, Chantal Pacteau, Danièle Bourcier, Philippe Brunet, et Marc Delepouve, elles font, dans un premier temps, l'état des lieux d'une situation complexe. Et l'intérêt de ces pages n'est pas mineur, car cela nous permet de mieux appréhender ce qu'est réellement l'activité scientifique, la différence entre science et technique, et le danger de la confusion entre les deux, l'importance de l'innovation dans les politiques de l’Union européenne. Mais, le propos se fait clairement politique dans la seconde partie qui évoque les articulations entre science et citoyenneté. L'idée-force est bien évidemment de réconcilier les deux dans la perspective de l'émancipation du plus grand nombre, d'où l'importance, disent les auteurs, de l'éducation (pas seulement technique mais également culturelle) aux sciences et aux techniques, et du renforcement d'une culture scientifique et technique. Enfin, dans les dernières sections, « Résistances, propositions, expériences, et leurs limites » et « Science et démocratie », il s'agit de réfléchir à des engagements sociaux concrets, par exemple syndicaux, citoyens, altermondialistes. Ainsi, plusieurs pages sont consacrées à l’expérience du « Forum mondial science et démocratie ». (Mohammed Taleb)

 

Parution : Décembre 2013

Format : 197 x 258 mm

Nombre de pages : 128

Prix : 8 €

ISBN : 9782365120357

Astronomie

Le grand guide de l'astronomie. Le système solaire, les étoiles, les galaxies et les constellations, Collectif

Éditions Glénat/Libreria Geografica

9782344021217FS

 

Ce livre est un beau livre, un très beau livre, et les éditions Glénat ont eu l'heureuse idée d'en proposer une refonte complète. Ce Guide est donc une nouvelle édition entièrement mise à jour et augmentée. La précédente édition datait de 2015. Depuis, que de nouvelles venues du ciel, comme la fin, le vendredi 30 septembre 2016, de la sonde Rosetta, du nom de la mission européenne dont le programme fut, durant 12 ans, d'aller à la rencontre de la comète Tchourioumov-Guérassimenko, à 7,9 milliards de kilomètres ! La nouvelle édition rend compte également des exoplanètes découvertes en 2016 et 2017 (dont une au mois d'août 2016). Outre ces nouveautés, ce Guide garde sa finalité encyclopédique, tout en étant un livre maniable. Le collectif d'auteurs spécialistes de l'astrophysique propose une impressionnante documentation d'archive sur l'aventure spatiale et livre les principales données scientifiques à propos de notre univers. Ainsi, une section entière est consacré à la présentation détaillée des 88 constellations avec pour chacune d'entre elles une carte précise indiquant leur localisation dans l'espace ainsi que leur magnitude stellaire. Les images satellites fournies par la NASA n'accompagnent pas seulement le texte ; elles sont en elles-mêmes des trésors à contempler. Dans la préface qu'il a accordé, l’astrophysicien Hubert Reeves écrit : « Quand l’univers a atteint un âge de plusieurs milliards d’années, ce processus de formation d’atomes par les étoiles a produit suffisamment d’atomes lourds pour permettre la structuration de planètes rocheuses. Il y a 4,5 milliards d’années, l’univers avait alors 8 milliards d’année, une étoile est née, parmi tant d’autres : notre Soleil. Elle était entourée d’une abondante cohorte d’astres : planètes, satellites, comètes, astéroïdes, constituant ce que nous appelons le système solaire. L’Atlas en présente de superbes images. Sur l’un de ces astres, la Terre, par quelque processus encore à peu près inconnu, la vie est apparue, s’est transformée, par étapes successives, jusqu’à l’état présent de la biosphère (…) Dans cette histoire, toutes les sciences sont comme des chapitres successifs. La physique nous parle des force au niveau le plus fondamental. La chimie continue au niveau des atomes et des molécules, la biologie au niveau des êtres vivants. Et pour la suite des événements, l’astronomie, la planétologie, la géologie, l’archéologie, la psychologie éclairent les chapitres de cet atlas que vous avez entre vos mains » (Mohammed Taleb)

 

Parution : Avril 2017

Format : 197 x 258 mm

Nombre de pages : 280

Prix : 25 €

ISBN : 9782344021217

 

 

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Philosophie et Psyché

Psychologie descriptive, de Franz Brentano

Éditions Gallimard, Coll. « Bibliothèque de philosophie »

BRENTANO Franz, Psychologie descriptive, couv

 

Si cet ouvrage est la traduction en langue française (effectuée par Arnaud Dewalque) de Deskriptive Psychologie, publié une première fois en Allemand en 1982, il s'agit en fait des leçons de Psychologie descriptive que le philosophe et psychologue catholique Frantz Brentano (1836-1917) prononça à Vienne entre 1887 et 1891. La thèse essentielle de notre auteur est de poser d'une façon rigoureuse la distinction entre deux courants des sciences de l'âme et de l'esprit, des sciences de la psyché : la psychologie descriptive, nommée ici « psychognosie », et la psychologie génétique. La première a pour objet de rende intelligible et d'expliquer les différents éléments qui, ensemble, constituent les « phénomènes psychiques » et les « actes psychiques ». La seconde branche, elle, entend aller aux racines de ces phénomènes et actes, en dévoilant leur causes profondes dans une démarche quasi archéologique. Pour les historiens de la philosophie, l'établissement de cette distinction est la matrice de la phénoménologie. Edmond Husserl sera d'ailleurs un élève de Frantz Brentano. Issu d'une famille marquée par la philosophie romantique (son oncle et sa tante étaient le poète et romancier Clemens Brentano et sa sœur Bettina von Arnim), il enseigna la philosophie à l'université de Vienne. Le projet qui traverse l'ensemble de ces leçons est de fonder une science de l’esprit qui soit en même temps empirique, descriptive, analytique et exacte. La question de l’intentionnalité est un composante importante de ce travail. Issue de la pensée d'Aristote, retravaillée au Moyen Age par Thomas d'Aquin, l'intentionnalité selon notre philosophe est un marqueur essentiel de la conscience humaine, en ce qu'il permet de distinguer les faits psychiques des faits physiques. Selon une définition classique, les faits psychiques sont dits intentionnels au sens où ils contiennent quelque chose à titre d'objet, même si elle peut prendre des formes variées (de la croyance au jugement, de la perception au désir, etc.). Mais sa Psychologie descriptive aborde bien d'autres questions, comme la nature de la conscience, la complexité des phénomènes psychiques, la diversité de leurs parties, la nature des sensations, le statut phénoménal de l’espace et du temps, etc. Une riche et longue présentation (plus de soixante pages) du traducteur permet de resituer le livre dans la dynamique générale de la pensée de Frantz Brentano, tout en soulignant la fertilité de cette approche, dans le cadre de la phénoménologie husserlienne mais également, et d'une façon plus générale, dans le cadre des sciences humaines (logique, psychanalyse (Freud fut aussi l'un de ses élèves), sciences cognitives). (Mohammed Taleb)

 

Parution : Mars 2017

Format : 140 x 225 mm

Nombre de pages : 288

Prix : 26,50 €

ISBN : 9782070116836


Physique et Mathématique

De Pythagore à Einstein, tout est nombre. La relativité générale, 25 siècles d'histoire, de Nathalie Deruelle

Éditions Belin/Pour la science, Coll. « Bibliothèque scientifique »

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Cet ouvrage superbement illustré est moins un exposé de plus sur la relativité générale élaborée par le physicien allemand Albert Einstein dans la première partie du XXe siècle (même si cette théorie est largement expliquée), qu'une narration originale : celle de l'histoire et de la préhistoire de cette théorie de la gravitation qui étudie les relations entre les corps célestes et la nature même de l'univers. L'auteure connaît son affaire. Nathalie Deruelle, en effet, est directrice de recherche au CNRS, et membre du laboratoire AstroParticule et Cosmologie de l'Université Paris 7-Denis Diderot. Elle est aussi professeur affiliée à l'Institut Yukawa de Kyoto, dédié au physicien japonais Hideki Yukawa (1907-1981), récipiendaire du Prix Nobel en 1949. Outre ses activités de recherche, elle a enseigné la relativité générale durant plusieurs années à l'École polytechnique et à l'École normale supérieure. En collaboration avec Jean-Philippe Uzan. Nathalie Deruelle avait déjà publié, chez le même éditeur, une Théories de la Relativité (Belin, 2014). Le fil d'Ariane de ce nouveau livre est d'explorer les matrices historiques de la réflexion concernant la mécanique céleste, et cela sur une période de 2500 ans, autrement dit à partir des premières spéculations grecques. Et si Pythagore est mis à l'honneur, c'est parce que dans sa conception du monde, les Nombres jouent le même rôle que les Idées dans le ciel platonicien : ils sont les structures du réel. Décrire l'univers revient à dévoiler son infrastructure mathématique. Ici, les mathématiques se font physique et philosophie, non pas seulement pour les Grecs, mais aussi pour les Médiévaux et, au XVIIe siècle, pour René Descartes, Galilée et Isaac Newton. (Mohammed Taleb)

Parution : Septembre 2015

Format : 180 x 240 mm

Nombre de pages : 191

Prix : 24 €

ISBN : 978-2-7011-9501-8

 

Mathématiques et mystères, Jean-Paul Delahaye

Éditions Belin/Pour la science, Coll. « Bibliothèque scientifique »

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L'auteur est professeur à l'Université des sciences et technologies de Lille au sein duquel il enseigne les mathématiques et l'informatique. Il est aussi chercheur au Laboratoire d'informatique fondamentale de Lille du CNRS. Il a une passion pour la vulgarisation exigeante comme en témoigne sa participation depuis un quart de siècle à la revue Pour la science où il anime une rubrique. Jean-Paul Delahaye ne propose pas un traité d'ésotérisme mathématique, malgré ce qu'aurait pu suggérer le titre du livre et couverture énigmatique, hermétique. Il a existé dans l'histoire des sciences tout un courant de « mathématique sacrée » et de physica sacra, de Pythagore jusqu'aux bâtisseurs des cathédrales et plus près de nous aux naturphilosophen du romantisme allemand. Ici, les mystères sont ceux d'une rationalité qui se dévoile au gré des circonstances, selon le génie de chaque époque et le génie des savants mathématiciens. Ici, les mystères sont des paradoxes. Pour certains, les paradoxes sont un mal à résorber, mais pour l'auteur, ils sont des occasions d'éveil, de prise de conscience, des occasions d'approfondissement. Il aborde également la question, quasi métaphysique, de la beauté des nombres et des formules mathématiques. Il est vrai que l'on parle parfois de l'élégance d'une démonstration. Une grande partie de l'ouvrage est consacrée à une discipline mathématique qui met vraiment aux prises avec le champ du mystère, discipline profondément renouvelée grâce à l'informatique : la cryptographie moderne en quête de « mystères parfaits ». La matière première des 22 chapitres de ce livre a été puisée dans la rubrique « Logique et calcul » de la revue Pour la science. Comme pour les autres ouvrages de la collection, celui-ci est abondamment illustré, faisant delui un objet agréable à lire et à regarder. (Mohammed Taleb)

 

Parution : Octobre 2016

Format : 180 x 240 mm

Nombre de pages : 191

Prix : 24 €

ISBN : 978-2410002362

 

Philosophie des sciences

L’Espace. Une contribution à la théorie de la science, de Rudolf Carnap

Éditions Gallimard, Coll. « Bibliothèque de Philosophie »

CARNAP Rudolf, L'espace, couv

 

Traduit de l'allemand et présenté par Pierre Wagner, cet ouvrage, publié aux États-Unis en 1922, est à la fois difficile pour qui n'est pas familier du vocabulaire de la philosophie des sciences et même des sciences cognitives, et passionnant pour peu que l'on fasse l'effort de pénétrer dans une puissante pensée qui se situe à l'interface entre la philosophie dite « continentale » (européenne) et la philosophie anglo-saxonne. Animateur, avec d'autres, du célèbre « Cercle de Vienne », il quittera l'université allemande de Prague pour les États-Unis en 1935. L'ouvrage que Pierre Wagner propose aux Éditions Gallimard n'est certainement pas le plus important dans l’œuvre de Rudolf Carnap. C'est même une « œuvre de jeunesse » ! En effet, L'Espace est le texte de sa thèse soutenue en 1921 et qui vient couronner une formation multidisciplinaire à Fribourg et à Iéna (mathématique, physique et d philosophie). Nous sommes avant 1934, et donc avant la publication de La Syntaxe logique du langage, dans lequel il décortique et fait l'exploration de la dimension linguistique de notre présence au monde. Nous sommes aussi avant 1928, et la publication de La Construction logique du monde, par laquelle il pose les termes d'une philosophie de la connaissance qui aurait dissout la métaphysique au profit d'une alliance entre la logique, la philosophie et la science. Dans L'Espace, Rudolf Carnap essaie de répondre au fond à la question suivante : quelles sont les sources de notre connaissance de l'espace ? Pour y répondre, il convoque Kant et ses propositions synthétiques a priori. Mais auparavant, il se devait de mettre à jour, sur le terrain même de la géométrie, les diverses facettes de l'espace, distinguant ainsi l'Espace formel, l'Espace de l'intuition, l'Espace physique. De quoi donner une vraie profondeur philosophique à une science géométrique éminemment formelle et abstraite en même temps qu'outil de maîtrise du monde physique. (Mohammed Taleb)

 

Parution : Avril 2017

Format : 140 x 225 mm

Nombre de pages : 192

Prix : 22 €

ISBN : 9782070128082



Physique Quantique

Heurs et malheurs de la physique quantique. Des vérités incroyables, de Jean-Pierre Pharabod, Gérard Klein

Éditions Odile Jacob, Coll. « Sciences »

9782738135636

 

 Entre la fin du XIXe siècle et le premier tiers du XXe siècle, la science du monde physique, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, a traversé, d'une façon incontestable, une puissante « révolution », au sens donné à ce terme par le physicien et historien étasunien Thomas Kuhn, autrement dit le passage d'un « paradigme » à l'autre. Avec nos propres mots, nous dirons que le chemin va de la science mécaniste (dans le sillage de Descartes, Newton, Laplace) à de nouveaux paradigmes scientifiques, c'est-à-dire de nouvelles lectures de la réalité, de nouvelles interprétations du monde. Cette mutation des savoirs n'est pas sans questionner nos philosophies, nos métaphysiques et nos anthropologies. La grande leçon de ce(s) bouleversement(s) a été le dépassement de l'approche matérialiste, scientiste et réductionniste qui dominait depuis le XVIIe siècle. Aujourd'hui, dans le champ des sciences, la question du sens est de retour, et, parfois, les vérités poétiques, visionnaires, artistiques et spirituelles parviennent à s'entrelacer aux vérités de la science ; bref, les conditions intellectuelles d'un « réenchantement du monde » sont réunies. Les deux auteurs de ce livre, Jean-Pierre Pharabod (ingénieur de recherche ayant travaillé jusqu’en 2000 dans un laboratoire de physique de l’École polytechnique) et Gérard Klein (écrivain, économiste et éditeur), font le pari de rendre intelligible cette révolution, en mettant l'accent sur l'un des secteurs de la physique moderne, la mécanique quantique. Qu'est-ce que le réel ? la matière ? l'atome ? la lumière ? Faut-il choisir entre l'onde et la particule ? Entre Albert Einstein et Niels Bohr ? Le temps est-il réversible ? Qu'est-ce que la « non-localité » dans le monde quantique ? Notre univers n'est-il pas un univers parmi d'autres ? Certes, dans ce modeste ouvrage tout n'est pas dit, et ce n'est d'ailleurs pas son objet. Ce n'est pas non plus une histoire de la mécanique quantique (même si cet essai fourmille de données aussi bien historiques qu'anecdotiques sur les acteurs de cette révolution). L'idée-force des auteurs est d'essayer de donner à voir l'étonnement que suscite les « vérités incroyables » de cette science qui malmènent les considérations de notre monde quotidien, en défiant nos habitudes de penser et nos a priori. L'ouvrage est préfacé par le physicien suisse Nicolas Gisin, qui a démontré en 2006 la possibilité de la « téléportation quantique », et qui est lui-même l'auteur, toujours aux Editions Odile Jacob, de L'Impensable Hasard (2012). (Mohammed Taleb)

 

Parution : Mai 2017

Format : 145 x 220 mm

Nombre de pages : 217

Prix : 23,90 €

ISBN : 978-2738135636

Psyché

Clinique du mal-être. La « psy » face aux nouvelles souffrances psychiques, de Miguel Benasayag

Éditions La Découverte, Coll. « Cahiers libres »

 

9782707185365

 Cet ouvrage est écrit par un psychanalyste, mais son propos est aussi celui d’un philosophe, dans la mesure où le thème abordé – celui des « nouvelles souffrances psychiques » – est mis en perspective philosophiquement, avec une approche archéologique (les origines de ces souffrances) et une approche finaliste (comment les dépasser). De plus, l’auteur questionne ces pathologies, ce « mal-être », sous l’angle de l’interrogation anthropologique (qu’est-ce que l’homme ? qu’est-ce qu’un individu ?). Cette parole, rédigée en collaboration avec la professeure de philosophie Angélique del Rey, prolonge en quelque sorte les Passions tristes. Souffrance psychique et crise sociale (1). Nous retrouvons les mêmes fondamentaux de la pensée de Miguel Benasayag : la maladie « psy » ne peut être circonscrite, malgré la représentation dominante, à la seule sphère de l’intime, à la psyché au-dedans de soi. Pour la simple raison que l’humanitas de l’humain est une réalité à la fois personnelle et supra-personnelle, c’est-à-dire insérée dans du politique, du social, du commun. Il n’y a pas de souffrance psychique, ancienne et nouvelle, sans la biographie d’un sujet qui en est la victime ou le véhicule. Mais cette biographie ne prend pleinement son sens que si elle fait écho à l’histoire collective, « à l’époque », et même à la réalité matérielle et environnementale dans laquelle nous sommes plongée.

Le contexte des « nouvelles souffrances psychiques » est à la fois celui de la « post-modernité » et du néolibéralisme (l’auteur évoque ainsi « le monde postmoderne néolibéral », p. 18). Cet horizon historique n’est pas limité à la soi-disant fin des grands récits et à la financiarisation de l’économie. Ce à quoi nous assistons en fait est la construction d’un nouvel individu, dont le marqueur essentiel serait sa solitude. Mais, il ne faudrait pas réduire cette dernière à la simple absence de relations sociales. Cette solitude, nous dit Benasayag, est de nature « ontologique », autrement dit elle désigne un vide existentiel dans les profondeurs mêmes de la psyché de l’individu. Cette solitude constitue le cœur, la clé des « nouvelles souffrances psychiques ». Miguel Benasayag, avec raison, distingue bien la solitude de l’isolement. La personne isolée, physiquement seule, est capable de s’épanouir et de se réaliser, car elle peut actualiser, manifester cette dimension essentielle de la vie anthropologique : la relation. « L’expérience clinique montre que le fait concret d’“être seul” ne renvoie pas nécessairement à une séparation. Celle-ci se fonde sur une rupture avec ce qui nous fonde. Une personne peut être physiquement seule tout en étant très liée, comme un artisan, un artiste, quelqu’un qui lit avec passion ou écoute de la musique, tous solitaires et pourtant liés. Le lien implique d’être en contact avec les couches profondes qui structurent notre être, en même temps que celui des autres » (p. 14).

L’une des idées force de l’auteur est la mise en rapport entre, d’une part, le phénomène de la solitude ontologique, donc la dissolution au plus profond de l’être de la capacité relationnelle et, d’autre part, le phénomène de l’impuissance à agir sur le monde, par exemple en vue de sa transformation. Pour notre psychanalyste d’origine argentine, la construction de cet individu postmoderne, dé-lié, anonyme, est un processus à l’œuvre au sein du capitalisme, en particulier de sa dynamique néolibérale. La néolibéralisation du monde, en effet, n’est pas réductible à une machinerie économique. Ce qu’il faut comprendre, c’est la nécessité pour le capitalisme néolibéral d’avoir à sa merci des populations d’individus reconstruits sur le mode de la solitude ontologique. Sans quoi, il aurait à faire à des peuples révoltés, à des classes dangereuses, à des personnes qui assument ce qu’ils sont, dans leur bizarrerie, leur étrangeté, leur singularité.

Pour permettre l’éclosion de l’individu postmoderne, la société capitaliste entend proposer voire imposer une nouvelle norme, une nouvelle figure humaine : un individu « brillant », « intelligent », « performant », « producteur ». C’est à travers une « culture de la performance » que ces caractéristiques sont valorisées. Au lieu d’assumer pleinement ses fragilités, sa culture familiale et sociale, ses rêves et ses folies, ses galères et ses combats, l’individu néolibéralisé doit entrer dans le moule des stratégies entrepreneuriales et managériales : « on prend deux ou trois “modules”, que pour des raisons de performance on trouve intéressants, et l’on parle à leur sujet d’intelligence, voire de personne “surdouée”. La postmodernité nomme intelligence le fait de se désintégrer suffisamment pour pouvoir se mouler dans l’“exosquelette” de l’entreprise : est dit intelligent celui qui est capable de jouer à cache-cache avec lui-même au point de se perdre. La plupart du temps, les jeunes prennent ces étiquettes pour une vérité qui regarde l’ensemble de leur personne. Étiquetés “intelligents”, ils ont alors beaucoup de mal à comprendre leurs faiblesses et leurs fragilités, voire leurs handicaps » (p. 18-19). L’humain n’est plus reconnu dans son humanité, mais en tant qu’élément du rouage général de l’économie capitaliste. L’humain devient de la « ressource humaine ». L’auteur n’est pas le premier à le dire, et il ne fait que prolonger la critique, notamment marxienne, de la réification marchande, de l’objectivation utilitariste, de la chosification anthropologique.

La réponse des psychologues, des psychanalystes, des psychiatres et des psychothérapeutes, estime Miguel Benasayag, n’est pas à la hauteur du défi que représentent les nouvelles souffrances psychique. L’auteur développe une intéressante réflexion sur ce qu’il nomme les rendez-vous manqués de la psychanalyse, notamment avec la science (il cite l’exemple de la neurophysiologie des biologistes) et la question sociale et politique (mis à part le travail psychanalytique révolutionnaire- du médecin autrichien Wilhelm Reich). D’une façon plus générale, le mouvement initié par Sigmund Freud a « globalement raté sa participation » à la démarche de déconstruction du « socle épistémologie de l’Occident moderne » (p. 57). Révolutionnaire au départ, la psychanalyse est devenu dogmatique (p. 62). L’auteur parle même d’une « restauration » (p. 59). Elle a ainsi contribué à désocialiser l’individu en séparant les pathologies psychiques des contextes sociaux, politiques, économiques. « À l’heure actuelle, plus personne ne croit qu’en parlant de sa vie personnelle chez le psy, on parle aussi de l’époque » (p. 61).

Mais la critique de la psychanalyse que développe Miguel Benasayag ne le conduit aucunement à souhaiter le triomphe des thérapies comportementalistes et alternatives. Avec ces dernières, le « biopouvoir » –expression reprise de Michel Foucault– renforce la domination du système marchand sur les corps et les âmes. D’ailleurs, l’individu envisagé par ces thérapies est celui de la postmodernité et de la « culture de la performance ». Les pathologies, les souffrances, les tragédies, le mal-être, la mort elle-même sont tout simplement niés, lissés, évacués de la conscience personnelle et sociale, car ils sont des fauteurs de trouble, non pour l’ordre public, mais pour l’ingénierie à l’œuvre dans le capitalisme néolibéral. Tout est affaire de technique, l’horizon étant l’adaptabilité des individus à la machinerie de production et de consommation. Les « techniciens de la psy » usent de thérapies dont le but ultime est de tenter « d’effacer tous les tropismes qui, en provenance d’une très suspecte intériorité, l’empocheraient de s’adapter, d’être flexible, d’éliminer son endosquelette pour mieux se mouler dans l’exosquelette des lois du marché » (p. 79).

Face au diktat du « biopouvoir postmoderne », à ses thérapies d’adaptation, et face à une psychanalyse dogmatique, Miguel Benasayag plaide pour une « thérapie situationnelle ». Il consacre une bonne soixantaine de pages (chapitres 6 à 8) à présenter cette approche qui ne veut pas seulement résister à l’essor de l’individu postmoderne, mais qui entend également revisiter la notion d’humanisme. On peut dire que cette la thérapie situationnelle est sous tension, car elle vise à « désubjectiver » l’individu, en valorisant l’importance du lien social, de sa présence au monde, de sa dimension politique, de sa capacité d’action ; en même temps, elle veut retrouver le chemin d’une authentique intériorité, d’une subjective qualitative, créatrice. Ce qui est surmonté, dans cette tension, est la séparation entre la « réalité psychique » et la « réalité extérieure ». Le maître-mot de la thérapie situationnelle est bien sur « situation ». Celle-ci est très précisément interprétée comme un « carrefour de forces, de tendances et réalités, où le commun non divisible se manifeste tout entier dans chaque situation singulière » (p. 150).

Ce livre est utile pour les praticiens de la psy, et leurs patients, mais aussi pour ceux qui aspirent à changer le monde, et qui travaillent dans l’orbite du politique ou de la vie sociale. Le défi, pour tous, nous dit Miguel Benasayag, est de comprendre qu’il ne faut pas libérer l’individu du ou des pouvoirs, mais qu’il faut nous libérer de cet individu, réceptacle de toutes les aliénations. (Mohammed Taleb)

Note

(1) Miguel Benasayag, Gérard Schmit, Passions tristes. Souffrance psychique et crise sociale, Paris, La Découverte, 2006.

 Parution : février 2015

Format : 135 x 220 mm

Nombre de pages : 160

Prix : 16 euros

ISBN : 9782707185365

Cette recension est parue en mai 2015 sur le site https://lectures.revues.org/

Éducation aux sciences

Albert Einstein, le grand esprit de la physique, de Marilyn Plénard

Éditions A dos d'âne, Coll. « Des graines et des guides »

 

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Cette collection au petit format, « Des graines et des guides », s'adresse aux jeunes enfants, à partir de 8 ans. L'auteur, Marilyn Plénard, est correctrice-réviseuse, et a collaboré à la lettre « Biotechnologies » des Echos. Elle traduit et adapte des contes populaires du monde entier. En une quarantaine de pages, elle nous brosse un portrait de l'un des fondateurs de la mécanique quantique, le physicien Albert Einstein (1879-1955), depuis ses années allemandes jusqu'à son exil aux États-Unis. Bien sûr, la fameuse équation E=MC2 n'est pas expliquée, ni les arcanes de la relativité, mais le jeune lecteur et la jeune lectrice se rendront compte de l'intensité de vie de l'existence de ce physicien, « inventeur » de la « bombe » et pacifiste humaniste. Ce texte est accompagné d'illustrations de la Russe Anastassia Elias. (Mohammed Taleb)

 

Parution : Août 2013

Format : 150 x 105 mm

Nombre de pages : 44

Prix : 7,5 €

ISBN : 978219372232

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Histoire des Sciences

4000 ans d'astronomie chinoise. Les officiers célestes, de Jean-Marc Bonnet-Bidaud

Editions Belin, Coll. « Bibliothèque scientifique »

 

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Même si ce n'est pas son propos, cet ouvrage est le bienvenu car il met à mal la célèbre croyance, profondément ancrée dans la psyché occidentale, selon laquelle la Grèce antique serait la patrie par excellence de la raison, de la science, de la connaissance, et que hors d'Athènes et de ses cités sœurs, le reste des mondes anciens seraient la proie des mythes, des légendes, des fables. Ce discours trahit un profond dualisme qui sépare et oppose le logos et le mythos. En réalité, s'il y a bien eu un « génie grec », il ne faudrait pas oublier les « miracles » égyptiens, babyloniens, indiens ou chinois. Et justement, Jean-Marc Bonnet-Bidaud nous propose une magnifique exploration de l'astronomie de l'Empire du milieu, dans un ouvrage qui offre au plaisir de l’œil de nombreuses reproductions du ciel pensé et vécu par les savants chinois. Astrophysicien au Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), l'auteur est un passionné d'histoire des sciences. Outre la Chine, l'Afrique est une autre contrée qu'il a étudiée, du point de vue des conceptions astronomiques. Dans 4000 ans d'astronomie chinoise, nous allons de révélation en révélation, apprenant par exemple que la constitution des premiers observatoires dans le monde est redevable de cette civilisation, de même que des découvertes aussi essentielles en cosmologie, comme l'observation des taches solaires, le calcul des trajectoires des comètes, les explosions d'étoiles. L'astronomie chinoise ancienne n'était pas un savoir périphérique dans la culture impériale, et, dès le début (aux environs du XXe siècle avant notre ère), elle se pose comme une science au cœur de l’État, mais aussi au cœur des philosophies, des doctrines spirituelles. On ne dira jamais assez que, du Yixing (le Livre des Mutations) jusqu'au Tao, la pensée chinoise est une pensée cosmologique, y compris (et même surtout !) si elle se veut politique. L'auteur, qui connaît bien le pays, et qui y a séjourné pour son travail de recherche, écrit ainsi : « De l'époque reculée des Xia, datent probablement les premiers concepts cosmologiques qui placent les royaumes terrestres en correspondance directe avec le Ciel et désignent le souverain comme intermédiaire entre la terre et le Ciel. Le souverain détient un « mandat céleste » qui le rend responsable du maintien de l'harmonie entre les empires terrestre et céleste. Cette préoccupation politique est à la base de la civilisation astronomique qui s'est développée en Chine sur plus de quarante siècles. » (p. 13) (Mohammed Taleb)

 

Parution : Avril 2017

Format : 245 x 185 mm

Nombre de pages : 192

Prix : 23 €

ISBN : 978-2-7011-3652-3

 

25 juillet 2017

Philosophie des sciences

Penser l’humain au temps de l’homme augmenté, de Thierry Magnin

Éditions Albin Michel

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L'auteur, à la fois physicien et théologien, professeur des universités, est l'actuel recteur de l’Université catholique de Lyon. Il a consacré 26 années à l'enseignement et à la recherche en physique à l’École nationale supérieure des mines de Saint-Étienne. Membre de l’Académie des technologies et de l’Académie catholique de France, il explore les différents défis qui se posent à la conscience dans le domaine de l'éthique des sciences et des technologies. Et il se trouve que cette conscience est aujourd'hui largement malmenée sous l'effet combiné de la révolution des biotechnologies et des fameuses NTIC, les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication ! Le courant dit « transhumaniste » est l'expression intellectuelle de cette menace qui, malgré une parole sur le bien être des humains, vise en réalité à le faire disparaître... Le transhumanisme est un antihumanisme, nous dit l'auteur, car il est un appauvrissement de ce qui fait la richesse de la condition humaine. Ainsi, la vulnérabilité et la fragilité, conditions de toute anthropologie authentique (et le christianisme n'en a pas le monopole !), se trouvent être les bêtes noires des transhumanistes, alors même qu'elles sont des occasions d'éveil, d'amour, de compassion.

Thierry Magnin, avec raison, souligne : « L'intérêt de commencer par les visées transhumanistes est d'une part de mettre en garde contre une vision utilitariste des technosciences qui comporte de nombreux éléments déshumanisants (comme une vision très mécaniste de l'homme sur fond de capitalisme ultralibéral) et, d'autre part, d'exacerber les pièges de l’idolâtrie envers les technosciences dont certains acteurs (et non pas tous, loin de là !) prétendent qu'elles peuvent « sauver l'humain » ! Ma première réaction peut ainsi s'exprimer : il faut résister à cette vision au nom même d'une idée de la science et de la technologie au service de l'homme, sans rejeter les technosciences, mais en proposant une autre vision véritablement humaniste pour bien vivre au temps des technosciences. Dans cet état d'esprit, soulignons deux traits majeurs des visées transhumanistes qui me paraissent dangereux pour l'homme lui-même. Le premier est lié à la croyance grandissante que les technologies vont libérer l'homme de ses difficultés (« sauver le génome » pour « sauver l'humanité »), le libérer de ses limites, pour certains jusqu'à la dernière qu'est la mort... grâce à une capacité de calcul des machines et des simulations numériques elles-mêmes sans limites. Et le second qui s'en déduit : l'idée s'installe que l'homme qui cherche depuis toujours à dépasser ses limites pourrait, grâce aux technosciences, légitimement envisager de penser son existence en termes de « no limit » (la singularité et la promesse d'immortalité par exemple) au nom même de l'évolution dont il a pris la conduite » (pp. 73-74) (Mohammed Taleb)

 

Parution : Avril 2017

Format : 145 x 225 mm

Nombre de pages : 304

Prix : 19,00 €

ISBN : 978-2-226-32659-1

Ecologie

La Terre et les Hommes, de Hubert Reeves

Éditions Robert Laffont, Coll. « Bouquins »

Hubert Reeves

C'est avec bonheur que l'on se plonge dans ce nouveau recueil de livres du célèbre astrophysicien d'origine canadienne Hubert Reeves. Mais la tonalité est assez différente du précédent recueil, Les Secrets de l'univers, paru en 2016 dans la même collection « Bouquins, et qui était consacré à ses travaux de cosmologie. Cette fois-ci, son éthique humaniste ne le porte pas vers l'infiniment grand du Ciel, mais vers l'infiniment complexe de notre habitat naturel, interrogeant la place de l'humanité dans l'aventure du vivant. C'est donc un propos résolument écologiste qui nous est proposé. Mais, l'écologie dont il s'agit n'est pas seulement affaire de politique ou d'économie ou encore de gestion de l’environnement. Elle est aussi scientifique (comprendre la terre et son fonctionnement) et culturelle (prendre conscience de nos représentations du monde, de nos imaginaires).

Malicorne. Réflexions d'un observateur de la nature, Oiseaux, merveilleux oiseaux. Les dialogues du ciel et de la vie, L'espace prend la forme de mon regard, Mal de terre. Chronique du ciel et de la vie, L'Avenir de la vie sur terre, Là ou croît le péril... croît aussi ce qui sauve, et enfin La Petite Affaire jaune, sont les ouvrages qui composent cette compilation qui se veut poésie, certes, et même éloge du rire, mais également cri d'alarme, prise de conscience et exhortation à l'action. Ainsi, il écrivait dans Malicorne : « Emporté dans sa frénésie d’inventivité, après une gestation de quinze milliards d’années, l’univers a accouché d’un « mutant » prodigieux. La capacité d’adaptation et la compétitivité sont les ferments et les moteurs de l’évolution biologique. L’être humain est le fruit de la splendide immoralité où la nature exerce sa fureur de créer. A ce jeu, il joue mieux que quiconque. Il est le champion toutes classes mélangées. Il rencontre victorieusement les plus graves difficultés. Il s'adapte à toutes les situations. Il s'installe avec son confort, sous toutes les latitudes et dans tous les climats. Il se prépare aujourd'hui à vivre dans l'espace. Avec le développement de la science et de la technologie, l’homme modifie considérablement la planète qu’il habite. Il aménage la nature et transforme la campagne. A part les paysages arctiques, toutes les régions ont été plus ou moins altérées par sa présence. Rien ne lui résiste. Son influence est singulièrement accélérée par l’apparition de la civilisation occidentale qui n’a plus, comme les cultures traditionnelles, le respect de la nature. Un grand nombre de biotopes et d’espèces vivantes disparaissent. Les forêts se rétrécissent et les sous-bois deviennent des parkings. L’asphalte et le béton sont les manifestations de cette nouvelle et menaçante monotonie. » (pp. 94-95). Pour rappel, Hubert Reeves a obtenu son doctorat d'astrophysique à l'université Cornell, aux États-Unis. Il fut conseiller scientifique à la NASA, à l'Institute for Space Studies (New York). En France, il a été directeur de recherches au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et a mené ses recherches au service d'astrophysique de Saclay. Au Canada, il a été professeur associé à l'université de Montréal. (Mohammed Taleb)

 

Parution : Avril 2017

Format : 132 x 198 mm

Nombre de pages : 704

Prix : 29,00 €

ISBN : 2-221-19894-8